A propos du compositeur de la BOF, Jason Swinscoe
Il est né en Ecosse, a passé sa jeunesse dans le Yorkshire et vit à présent à New York. Il a crée la formation de jazz et d'electronica (musique électronique tournée vers l'expérimentation) The Cinematic Orchestra en 1998. Le groupe a enregistré plusieurs albums plébiscités, et séduit un public toujours plus large. Le premier album de TCO, « Motion » est sorti en 1999 et a connu un succès retentissant, le suivant intitulé « Ma Fleur » a également reçu un accueil très enthousiaste. Jason Swinscoe avait précédemment composé une nouvelle musique pour le film muet russe de 1929 L'HOMME A LA CAMERA, réalisé par Dziga Vertov. La musique des AILES POURPRES est la première musique originale que compose The Cinematic Orchestra pour un film contemporain.
Entretien :
Pour commencer, pourquoi avez-vous baptisé votre groupe « The Cinematic Orchestra » ? Est-ce parce que vous avez toujours voulu composer de la musique de films ?
À l’origine, je voulais un nom qui décrive ma musique, et musicalement, je n’ai jamais été tenté de me conformer à la sensibilité pop - les couplets, les choeurs, les middle eight (séquence d’une chanson, souvent de huit mesures, qui apparaît en général vers le milieu et évite la répétition couplet/refrain/couplet/refrain)… À l’époque, j’écoutais des compositeurs comme Bernard Herrmann, à qui l’on doit plusieurs des musiques des films de Hitchcock, et je cherchais le moyen d’exprimer la narration à travers la musique. Herrmann utilisait des accords suspendus, des tierces et des sixtes, ce qui fait naître à l’écoute un sentiment d’irrésolution, voire d’anxiété. J’aime que la musique ne soit que tensions et relâchements. Ce sont ces notions, puisées dans les films, qui m’ont aidé à créer quelque chose de différent de ce qui se produit globalement sur la scène musicale actuelle. Quant à composer pour le cinéma, c’est une idée que j’ai toujours eue au fond de moi. Lorsque nous avons sorti notre premier album, j’ai créé un club, et j’ai invité des DJ et des producteurs à choisir leur propre film et à en récrire la musique en utilisant des platines et des disques. Ça a marché très fort pendant un moment, et c’est ce qui a conduit certaines personnes à me demander de composer une nouvelle musique pour le classique du muet L’HOMME À LA CAMÉRA - ce qui reste une très grande expérience pour moi.
Quelle a été votre réaction quand on vous a demandé de composer la musique de LES AILES POURPRES ?
Cette idée m’excitait beaucoup, parce que je me sentais très proche du projet. Le film ne raconte pas une histoire conventionnelle, il est très ouvert, et j’avais donc la liberté de m’aventurer dans le royaume de l’abstrait, dans l’outre-espace, ce qui était très libérateur. C’est toujours comme cela que je travaille en tant que compositeur, sans frontières et en pensant à la manière dont la musique peut devenir un voyage à travers l’imaginaire.
Vous vous êtes rendu sur place au lac Natron pendant le tournage. Était-ce votre premier voyage dans cette partie de l’Afrique ?
Non, ma femme et moi avons fait six voyages en Afrique au cours de ces dernières années, c’est donc une intéressante coïncidence que je travaille sur ce film. Nous sommes allés au Mali, au Burkina Faso, au Ghana, puis en Tanzanie, au Kenya, notamment dans la région du Ngorongoro, et nous avons aussi sillonné la Tanzanie : nous nous sommes rendus à Zanzibar et à Dar Es-Salaam et nous avons ensuite pris un bus de Dar à Arusha, qui est assez proche du lac Natron.
Le lac ressemblait-il à l’idée que vous vous en faisiez ?
Je pensais que nous allions traverser la région du Ngorongoro, toute proche, et que le Natron ferait partie d’un parc national, mais c’est simplement une réserve d’animaux sauvages et il n’y a personne là-bas sauf les Masai. C’était donc une expérience tout à fait différente de ce que je connaissais, et le paysage, en plus, est extraordinaire. Le sol est dur, aride, carrément lunaire par endroits, et le Lengaï est entré en éruption. C’était vraiment un voyage incroyable !
Qu’est-il ressorti de ce voyage quant à la musique ?
D’abord, c’était formidable de rencontrer Matt, Mel et Leander dans leur environnement de travail, de les voir réellement créer le film et d’avoir ainsi une idée de ce qu’ils tentaient de faire. J’ai aussi emmené mon lecteur-enregistreur DAT et un micro avec l’idée d’enregistrer tout ce qui pourrait retenir mon attention. Que je l’utilise ou non par la suite, je savais que ce serait au moins utile comme référence.
Qu’avez-vous enregistré ?
Énormément de choses ! L’eau, l’ambiance de la journée, celle du soir, le son des chutes d’eau, et des chansons traditionnelles masai. J’ai enregistré aussi les flamants bien sûr, mais je dois avouer qu’ils n’ont pas un cri particulièrement harmonieux. C’est un cri rauque peu agréable à l’oreille.
Quand vous avez commencé à travailler sur le projet, avez-vous reçu des directions claires de la part de Leander ou de Matt vous expliquant ce qu’ils voulaient pour leur film ?
Le meilleur exemple que m’ait donné Leander a été le dernier album que j’ai sorti, « Ma Fleur ». Il m’a dit tout simplement : « C’est ça que je veux ». Le concept de cet album repose sur le cycle de la vie, de la naissance et de la mort, et Leander aimait cela, et aussi avoir ce mix d’arrangements orchestraux, avec des chants et de la musique électronique.